ÉCHANGE DES CONNAISSANCES
DEMANDEZ Ŕ UN CHERCHEUR
Dre Heather K. Spence Laschinger, infirmière autorisée, PhD, FAAN, FCAHS, professeure universitaire distinguée, Chaire de recherche en soins infirmiers de la famille Arthur Labatt, Optimisation des ressources humaines dans le secteur de la santé, et championne d’un milieu de travail sain du ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario, École des sciences infirmières de la famille Arthur Labatt, University of Western Ontario
Dans le cadre du récent Sommet de la CQVT-SSQ, deux conférenciers ont été nommés champions d’un « milieu de travail sain » dans la province de l’Ontario. Comment se définit un milieu de travail sain, et sur quelles recherches s’appuie-t-on pour ce faire? Qu’est‑ce qui a incité la province à nommer des champions d’un « milieu de travail sain »?
Un milieu de travail sain, c'est un milieu de travail qui use d'une approche stratégique exhaustive pour procurer aux prestateurs de soins de santé des conditions physiques, culturelles, sociales et professionnelles permettant de maximiser leur santé et leur bien-être. Les milieux de travail sains sont de plus en plus importants pour améliorer la qualité des soins offerts par les travailleurs de la santé de l’Ontario. Les milieux de travail sains peuvent contribuer au maintien en poste des travailleurs plus âgés qui envisagent peut‑être la retraite, ainsi qu’au recrutement et au maintien en poste de jeunes travailleurs qui ont tendance à accorder une plus grande valeur à l’équilibre vie‑travail et aux milieux de travail positifs. Dans l’Étude canadienne sur les événements indésirables de 2004, on laissait entendre que les gains les plus importants à l’égard de la sécurité des patients seront obtenus en modifiant les milieux de travail des professionnels de la santé, en créant de meilleures défenses contre les événements indésirables et en réduisant leurs effets quand ils surviennent. De plus, des milieux de travail sains produisent de meilleurs résultats en matière de santé pour les employés et des réductions de coûts pour l’employeur, liés au roulement du personnel, aux blessures entraînant une absence, et à l’absentéisme.
La création de milieux de travail sains sera fondamentale pour l’avenir des soins de santé dans notre province. Des statistiques récentes nous révèlent que 88 % des travailleurs de la santé déclarent souffrir d’insomnie, de maux de tête, de dépression, de modifications du poids et de crises de panique, symptômes liés au stress professionnel, et 35 % des membres du personnel infirmier de l’Ontario déclarent souffrir d’au moins une maladie musculosquelettique. Une proportion stupéfiante de 28 % du personnel infirmier de l’Ontario déclare avoir été agressée physiquement par un patient au travail au cours des 12 derniers mois. Ce qui est encore plus troublant, c’est que 46 % des médecins du Canada déclarent être à des étapes avancées d’épuisement professionnel. Le nombre moyen de journées de travail perdues en raison d’une maladie ou d’une incapacité est au moins 1,5 fois plus important pour les travailleurs de la santé que pour la moyenne de tous les travailleurs. En termes plus concrets, si le taux d’absentéisme moyen pour les travailleurs de la santé pouvait être réduit à celui de tous les travailleurs canadiens, cela pourrait signifier l’équivalent de plus de 13 700 employés à temps plein « additionnels » au travail, dont 5 500 membres du personnel infirmier autorisé. Il est surtout troublant de constater que les professionnels de la santé ont actuellement le niveau de confiance et d’engagement le plus bas à l’égard de leur employeur, les taux les plus faibles de communication au travail, le moins d’influence sur les décisions liées au milieu de travail, et les milieux de travail les moins sains et offrant le moins de soutien.
Une étude récente menée par le Brock University Workplace Health Research Laboratory conjointement avec Metrics@Work a révélé que les milieux de travail sains entraînaient une baisse importante des jours de maladie, et une hausse importante de la santé et de la productivité des employés. Une étude continue sur le terrain menée en Nouvelle‑Écosse et en Ontario a permis de mettre en œuvre un programme visant à améliorer la civilité, le respect et l’engagement au travail (CRET). Ce projet combine l’action et la recherche pour aborder les thèmes de l’organisation et des politiques, de la gestion du milieu de travail des soins de santé, de la planification de la main‑d’œuvre, de l’adaptation au changement, du leadership, et de la qualité et la sécurité dans les milieux de travail de la santé actuels. L’étude présentera également une évaluation détaillée du contexte social du travail et de son lien avec les questions fondamentales qui posent un défi aux milieux de travail des soins de santé. Jusqu’ici, les résultats ont révélé que le programme CRET a entraîné une baisse importante de l’impolitesse, de l’épuisement, des intentions de partir et du nombre d’absences par mois des collègues, tout en augmentant beaucoup la confiance dans la gestion et l’accès au soutien.
Le ministère de la Santé et des Soins de longue durée, ainsi que le ministère de la Formation et des Collèges et Universités ont établi un partenariat avec les consommateurs et les prestateurs de soins de la province pour aborder des stratégies visant à créer des milieux de travail sains. Ils ont nommé deux champions des milieux de travail sain et un groupe consultatif d’experts sur les milieux de travail sains, et ils ont financé la création d’une variété d’outils et de ressources pour appuyer les milieux de travail sains dans les hôpitaux, les centres de soins de longue durée et les centres de soins et services à domicile. Le rôle des champions est de mettre en valeur les avantages des milieux de travail sains auprès des autres dirigeants du système de santé, et de les inciter à mettre en œuvre des projets de milieux de travail sains dans leurs milieux de travail et, avec l’aide du groupe consultatif, de conseiller le ministère de la Santé et des Soins de longue durée sur la façon de mettre en œuvre de façon efficace des milieux de travail sains et de bâtir une culture de sécurité au travail partout dans la province. L’importance insuffisante accordée à la santé physique, mentale et professionnelle de nos prestateurs de soins de santé s’avère un paradoxe qui ne restera plus non résolu.








Tous droits réservés © Coalition pour la qualité de vie au travail et des soins de santé de qualité 2008